Hulk Hogan et Andre The Giant à l'affiche d'un duel titanesque
- teddy2j21

- 14 avr. 2020
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 21 avr. 2020
Wrestlemania III (29 mars 1987) - Détroit, Michigan

David contre Goliath, la rencontre iconique de Wrestlemania III
Le géant rompt sa longue amitié avec Hogan
A l'instar des deux premiers opus, le troisième volet de Wrestlemania fait l'objet d'une campagne de promotion précoce, amorcée au début de l'année 1987 par les apôtres de la WWF. En ces temps dorés pour l'industrie du catch, le haut de l'affiche est occupé par deux stars que tout oppose, deux Superstars reliées par le fil d'une belle amitié. La première, native de l'Hexagone, a poursuivi une longue carrière sous le nom d'Andre The Giant en vertu de son gabarit au-dessus de la moyenne. D'ailleurs, son nom de ring suffit à dresser son portrait : pesé à plus de deux cent trente kilos, ce Garguanta contemporain mesure plus de deux mètres et impressionne tous ses semblables. Outre l'opulence de sa chair, il s'enorgueillit de ses nombreux exploits dans le circuit du catch, à commencer par sa série d'invincibilité longue de quinze ans. De manière contrastée, la seconde vedette de la WWF ne peut rien envier au colosse français ; sa virée sur le ruisseau du catch n'a pas emprunté les mêmes virages, son expérience n'est pas celle d'un vétéran, de même que ses attributs physiques se fondent dans le corps d'un lutteur « classique ». Néanmoins, elle peut se prévaloir du fait que sa notoriété grandit au fil des jours, grâce à son courage et à sa force de caractère : depuis la première édition de Wrestlemania, Hulk Hogan coule des jours heureux dans la peau du héros national, du super héros dont la puissance charme les enfants et séduit leurs parents. En ce début d'année 1987, il entame sa troisième année de règne en tant que champion mondial de la WWF, malgré l'hostilité de certains lutteurs à son égard. Dans l'ombre de son succès s'acoquinent des âmes envieuses qui espèrent sa déchéance ; les jalousies fourmillent autour de sa gloire, comme les mouches s'agglutineraient sur un morceau de viande fraîche. A quelques encablures de Wrestlemania III, la camaraderie entre Hulk Hogan et Andre The Giant s'abîme, s'étiole à la lumière des malentendus, avant de tomber aux oubliettes sous le coup d'une discorde. Au cours du premier trimestre de l'année 1987, les atomes de leur amitié se désintègrent dans le feu d'une animosité en pleine croissance, si bien que le championnat mondial de la WWF les conduit sur la scène des règlements de comptes. Trois « Piper's Pit » organisés par Roddy Piper ont suffi à les amener sur les terrains de la haine ; un acte programmé en trois temps qui a sonné le glas d'une complicité faussement sincère. Le 17 janvier, le Hulkster recevait un trophée majestueux des mains du « Hot Rod », récompensant son règne de champion mondial démarré en janvier 1984 : à cette occasion, le mastodonte grenoblois remarquait sournoisement que « trois ans pour être un champion, c'est un temps long ». Première alerte, sans conséquences apparentes. Une semaine plus tard, un trophée similaire à celui de la Hulk Machine, quoique moins colossal, fut remis à André le Géant dans le but de célébrer ses quinze années d'invincibilité sur les rings de catch. Dans la foulée, Hogan débarquait avec son sourire et son adrénaline habituels, avant de prononcer un discours de félicitations :sans explication, le surhomme français n'appréciait guère la démarche du champion et lui fit savoir en se retirant. Seconde alerte, les choses s'éclaircissent. En fin de compte, un troisième et dernier Piper's Pit laissait éclater la colère qui avait envahi le cerveau du monstre grenoblois : accompagné du manager Bobby Heenan, rival de longue date du Hulkster, il réclamait un match de championnat mondial à Wrestlemnia III, avant de déchirer le t-shirt d'Hulk Hogan et d'arracher le crucifix qui entourait son cou. La guerre des chefs est déclarée ; une affiche de rêve voit le jour sous la pointe d'une rivalité alourdie de rancœurs, ballottée entre les craintes et les espoirs joyeux.
« La force irrésistible rencontre l'objet immobile »
Comme au Madison Square Garden deux ans plus tôt, et comme à la Los Angeles Memorial Sports Arena l'année précédente, le joyau de la WWF brille autour des hanches d'Hulk Hogan, sous les flashs crépitants du « main event » de Wrestlemania. L'enthousiasme populaire et la chaleur des âmes se plaisent dans l'immensité du Pontiac Silverdome à l'intérieur duquel près de 93 000 civils, toutes générations confondues, ont les yeux rivés sur deux soldats prêts à livrer bataille. La tension est palpable, les cœurs s'emballent, tandis que le silence des esprits inquiets est malmené par la ferveur des bouches criardes. Jamais un événement de catch n'avait réuni autant de passionnés au sein d'une même bâtisse, d'où la lourde pression qui repose sur les épaules des deux compétiteurs. En guise d'apéritif, les prunelles gorgées d'électricité du champion se heurtent aux yeux sévères et froids de son prétendant. Aux commentaires, Gorilla Mansoon a parfaitement compris l'enjeu de la croisade qui est en phase de démarrage ; « la force irrésistible rencontre l'objet immobile », déclare-t-il au moment où la querelle des regards précède le conflit des corps. D'emblée, Hogan déverse sa hargne sur le visage bigarré de son adversaire, telle une manière d'amasser immédiatement des fragments de confiance, ainsi qu'un ascendant psychologique sur le Goliath de l'Hexagone. Enfoui dans sa démence ordinaire, il délivre trois coups de poing successifs sur les joues râblées de sa proie, mais il échoue sa tentative ambitieuse d'enfourchement. S'ensuit alors une période de domination qui sourit à Andre The Giant ; période rythmée de coups divers et variés, mais alourdie par le bruit sourd de ses bottes au contact de la robe élimée du ring. Comme à l'accoutumée, il se meut comme un aiguillat à l'affût des alevins qui l'entourent ; deux Body Slam lui permettent d'affaiblir l'esprit du Hulkster, esprit à l'intérieur duquel les embryons de révolte sont ligotés. Le challenger maîtrise son sujet en raison de ses déplacements qui épousent une lenteur méthodique, presque anesthésiante. Malgré un soubresaut furtif, Hogan replonge tête baissée dans la douleur que son rival intensifie à coups de crochets et de Bear Hug ; le champion en titre peut trépasser à tout moment, s'échouer sur les rochers de l'échec, mais les ondes brûlantes de la foule le maintiennent éveillé. Petit à petit, il récupère le contrôle de ses articulations ankylosées, son endurance digne d'un marathonien, ainsi que ses poches d'énergie dissimulées dans ses entrailles. Le héros du peuple se rebiffe, se réveille et réveille ses sens, sous une symphonie de cris exaltés qui jaillissent de partout. Soudain, la porte de la libération s’entrouvre et laisse passer les rayons d'un succès en train de poindre : aussi incroyable que cela puisse paraître, Hulk Hogan enfourche André le Géant comme un père soulèverait le corps de son enfant potelé, avant de l'achever sous le poids d'une descente de la cuisse. Victoire inespérée !
Hulk Hogan relève le plus grand défi de sa carrière
Entouré d'un halo de gloire, « Mister America » a rendu fier tous ses compatriotes en terrassant l'ogre natif du berceau européen. Désormais, les jeunes âmes voient en lui un super héros qui guidera leur enfance, tandis que les adultes le perçoivent comme le mariage entre la force humaine et la grandeur à l'américaine. En filigrane, la victoire du Hulkster et la défaite du Giant ressemblent à un passage de flambeau, dans la mesure où le premier entame son ascension vers le zénith du triomphe, tandis que le second vient d'en redescendre sans ses bottes. Hogan sur les monts de la prospérité, le Géant sous les ponts de la volupté, voilà comment nous résumerons leur passe d'armes déjà inscrite dans la légende. Ironie du sort, le long règne du « Super Destroyer » prit fin le 5 janvier 1988, à la suite d'une défaite concédée contre André le Géant qui conserva le titre pendant... deux minutes !











Commentaires